HÔTEL DE VENEL : APRÈS TANT D’AUTRES, ENCORE UN MORCEAU DU PATRIMOINE AIXOIS À VENDRE ?
Nous nous opposons à la mise en vente par la Ville de l’Hôtel de Venel, en plein cœur du centre historique d’Aix-en-Provence, pour un prix de départ de plus de 11 millions d’euros.
Cette décision est loin d’être anodine.
Acquis par la Ville en 1971, l’Hôtel de Venel est un bâtiment exceptionnel du XVIIe siècle, situé dans le secteur sauvegardé. Sur une emprise foncière de 2 334 m², il comprend notamment un jardin très arboré, une chapelle désacralisée, un escalier remarquable et des plafonds peints classés datant du règne de Louis XIV.
Ce patrimoine appartient aux Aixoises et aux Aixois.
La majorité municipale de Sophie Joissains justifie aujourd’hui sa décision par le coût de rénovation et d’entretien du bâtiment. Elle compte sur un acquéreur privé pour réaliser les travaux, tandis que le produit de la vente contribuera à l’équilibre financier de la Ville.
C’est précisément cette logique que nous contestons.
UNE POLITIQUE QUI NE DATE PAS D’AUJOURD’HUI
Car l’Hôtel de Venel n’est pas un cas isolé. Depuis plus de vingt ans, sous les municipalités Joissains, la vente du patrimoine communal est devenue un véritable mode de gestion.
Le précédent le plus emblématique reste l’Hôtel de Caumont. Acquis par la Ville en 1964 et devenu conservatoire de musique, cet hôtel particulier classé Monument historique a été cédé à Culturespaces pour 10 millions d’euros. À l’époque déjà, la justification était financière : permettre la construction du nouveau conservatoire sans augmenter la fiscalité ni recourir à un endettement supplémentaire. Vente de l’ancien office municipal du tourisme pour 10 millions afin d’en faire un Appel Store. Plus récemment, la municipalité a encore cédé les immeubles Gayaud-Verdun, autre ensemble immobilier stratégique du centre-ville. Puis l’an dernier un batiment de l’ancienne Caserne Forbin pour 12 millions d’euros. Ou le Couvent des Prêcheurs, cédé à l’État pour 12,6 millions d’euros.
Et ce ne sont là que quelques unes des opérations les plus emblématiques d’une politique assumée de cessions. Des logements et d’autres biens fonciers municipaux ont également été vendus au fil des années pour dégager des recettes.
Mais à force de vendre les bijoux de famille, que restera-t-il du patrimoine des Aixois ?
Nous ne contestons évidemment pas que la Ville puisse céder ponctuellement un bien sans intérêt stratégique ou devenu inutile. Nous contestons la transformation progressive de la vente du patrimoine en instrument récurrent de financement. Car une recette de cession n’arrive qu’une fois. Le patrimoine, lui, est perdu pour toujours.
Vendre un patrimoine constitué par les générations précédentes pour équilibrer les comptes d’aujourd’hui n’est pas une politique patrimoniale. C’est une politique à courte vue. Cette vente illustre surtout une contradiction de la politique municipale. La majorité fait du refus de toute augmentation de la fiscalité un principe intangible, puis utilise progressivement le patrimoine immobilier de la Ville comme variable d’ajustement. Le contribuable aixois ne paiera peut-être pas quelques euros supplémentaires aujourd’hui, mais il perd collectivement un bien exceptionnel acquis et conservé depuis plus d’un demi-siècle.
Et que restera-t-il à vendre demain ?
Nous refusons cette fuite en avant. Avant de céder un tel bâtiment, d’autres solutions auraient dû être sérieusement étudiées : rénovation progressive, recherche de financements de l’État et des collectivités, mécénat patrimonial, partenariat avec des acteurs culturels, ouverture accrue au public ou développement d’un véritable projet culturel permettant de conserver la maîtrise publique du lieu.
Il existe par ailleurs une autre conséquence, très concrète, de cette décision : l’Hôtel de Venel est occupé.
La vente impose de reloger rapidement 70 personnes : 55 agents municipaux et 15 élus. Le premier adjoint Éric Chevalier annonce une relocalisation à moins de quinze minutes à pied de l’Hôtel de Ville et promet une amélioration des conditions de travail.
Nous y serons particulièrement attentifs. Les agents municipaux ne doivent pas devenir les dommages collatéraux d’une opération immobilière décidée pour répondre à des contraintes budgétaires.
Enfin, le maintien d’un accès ponctuel à la chapelle pour des manifestations culturelles, prévu dans le cahier des charges, ne saurait remplacer la propriété publique du bâtiment. Un droit d’accès n’est pas un droit de propriété.
À l’heure où le foncier du centre-ville devient toujours plus rare et plus cher, céder 2 334 m² de patrimoine public au cœur d’Aix constitue un choix pratiquement irréversible.
Nous aurions préféré que l’Hôtel de Venel devienne demain un lieu patrimonial, culturel et public emblématique du centre historique plutôt qu’un actif immobilier mis sur le marché.
Le patrimoine municipal n’est pas un compte épargne dans lequel on pioche pour boucler les budgets.
Au nom du groupe Aix Avenir, nous avons donc voté contre cette mise en vente.
Parce que gouverner une ville, ce n’est pas seulement équilibrer le prochain budget.
C’est aussi transmettre aux générations suivantes ce que les précédentes nous ont légué.
A lire l’article très intéressant et factuel de Mes infos.
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