Il fait chaud. Il a fait chaud à Aix tout juillet. Il faisait déjà chaud en juin. Ce début du mois d’août est du même acabit. Il fait chaud le jour, il fait chaud la nuit. Les épisodes caniculaires s’enchaînent et éprouvent les corps, le sommeil et les humeurs. L’inadaptation actuelle de nombreux logements à ces évolutions climatiques en font de véritables fournaises, le jour comme la nuit.
L’idée de sortir de chez soi pour chercher un peu de fraîcheur a trouvé un premier écho dans les plans canicule que proposent les municipalités comme celle d’Aix avec la création de salles-refuge pour recevoir des personnes vulnérables. Après les EHPAD, à la suite de la canicule de 2003, c’est au tour des écoles de se voir équipées d’une salle par établissement. Le plan canicule de la ville propose également la liste de musées, bibliothèques, piscines… où il est possible de se rafraîchir en journée. C’est une réponse ponctuelle de mise en sécurité adaptée. Car, tout climatiser n’est ni possible ni souhaitable : cela a un coût pour les propriétaires privés comme publics (pose, entretien et énergie) et a un impact environnemental indéniable, qui entretient et aggrave les causes du changement climatique, à l’origine de ces périodes caniculaires aux conséquences parfois dramatiques.
Mais ces mesures ne peuvent bénéficier qu’à une partie de la population, il est donc nécessaire de trouver, en ville, des espaces-refuges en extérieur, ouverts et gratuits, facilement accessibles, pouvant accueillir de nombreuses personnes sans surfréquentation. Les Parcs et Jardins publics de notre ville peuvent jouer ce rôle mais doivent être pensés comme cela et pour cela.
Or, selon une étude de l’Insee, parue en avril 2025, seul 30% des habitants d’Aix-en-Provence ont un espace vert public à moins de 300 m de leur domicile pour une moyenne nationale de plus de 50%. Ainsi notre ville arrive en 62e position sur les 72 communes urbaines étudiées. Par ailleurs le pourcentage de la superficie de la commune couverte par ces parcs et jardins n’atteint que 0,6% contre une moyenne nationale de 3,2%. Encore faut-il, par ailleurs, que ces parcs et jardins ne soient pas fermés lorsque vous vous y rendez, notamment en fin d’après-midi ou en soirée… comme c’est le cas pour le Parc Saint-Mitre ou le Pavillon Vendôme qui ferment dès 20 h même en été. La carte des lieux-refuge sur le site de la mairie est, à ce titre, éclairante : « parcs (uniquement le soir si ouvert) ». On peut dans ce cadre saluer l’initiative des onze séances de cinéma gratuites organisées par la ville en partenariat avec l’Institut de l’image au coucher du soleil dans plusieurs parcs aixois. Mais avec onze soirées du 5 juillet au 30 août en plein air, le compte n’y est pas. L’an dernier la municipalité avait ouvert plusieurs parcs et jardins jusqu’à 21h dans le cadre de canicule orange ou rouge. D’abord, 21h c’est un peu chiche et que ne l’a-t-elle fait encore cette année ?
Il y a donc urgence à penser et agir. Certaines mesures peuvent être prises rapidement, presque immédiatement : autoriser l’accès des parcs et jardins, clôturés, comme Jourdan, ou non, comme celui de La Torse, au moins jusqu’au coucher du soleil. Cela se fait à Barcelone ou à Bourges, où le jardin de l’Archevêché ouvre même jusqu’à 22 h en juin et juillet, voire les ouvrir exceptionnellement toute la nuit, en période caniculaire ; obtenir également de la Préfecture que les Parcs et Jardins publics soient considérés comme des espaces prioritaires et puissent être arrosés, même en cas de canicule, pour conserver le couvert végétal et éviter la mort d’arbres fragilisés par les fortes chaleur. Cette année, il n’y a pas eu, pour l’instant, d’interdiction complète d’arrosage et c’est heureux.
D’autres mesures demandent plus de temps mais doivent être programmées : aménager l’existant pour des espaces verts plus résilients, moins gourmands en eau, en créant des ombrières au-dessus des jeux pour enfants, par exemple, et se donner pour objectif minimal d’atteindre les préconisations de l’OMS d’une disponibilité potentielle de 10 m² par habitant en parcs et jardins, afin d’éviter une surfréquentation des espaces verts, ce qui correspond à 150 ha au total pour notre ville. Cela nécessiterait donc la création d’environ 40 ha supplémentaires.
Des mesures sont donc à prendre pour offrir aux Aixoises et Aixois des espaces végétalisés, aménagés, conçus pour être des espaces-refuges extérieurs publics et gratuits. C’est à la fois une politique de santé publique et d’égalité sociale, car celles et ceux qui fréquentent les Parcs et Jardins publics pour se rafraîchir lors des chaleurs intenses sont rarement propriétaires d’un jardin privé…
Texte de Magali Bailleul députée suppléante de la 14e circonscription, conseillère métropolitaine et municipale d’Aix
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