Fondation Vasarely : les pilleurs

L’affaire Vasarely est une vieille histoire aixoise. Depuis 40 ans, on en découvre et comprend souvent des bouts, mais sans en saisir toute la trame.

Pour ma part élève à l’IEP d’Aix entre 1993 et 1997, c’est à travers les cours de Bruno Étienne et les déclarations diverses que j’ai pu découvrir pour la première fois l’affaire. Bruno Étienne, pour se moquer, se plaisait à raconter que tel ou tel universitaire avait caché quelques tableaux chez lui. J’avais bien aussi suivi la ridicule occupation de la fac de droit par Debbasch en 1994. Et j’avais lu avec intérêt les divers articles de la Provence sur ce sac de nœud inextricable. Mais je n’avais jamais bien compris l’imbrication de tous ces procès et affaires. car il n’y a pas une « affaire Vasarely » mais une myriade d’affaires imbriquées.

Grace à l’ouvrage, Le pillage, de Laetitia Sariroglou, je crois avoir enfin compris les tenants et aboutissants « des » affaires…. car l’ auteure réussit de manière assez didactique à expliquer les affaires successives. Car, il ne s’agit pas d’un simple pillage d’une fondation, par un professeur d’université véreux. Mais de pillages successifs et systématiques. Le titre le pillage aurait même pu être être titré : « les pillages » ou  » les pilleurs »…

L’auteur raconte, d’abord l’affaire des fils de Vasarely et leurs conflits autour d’un héritage colossal. Conflits exacerbés par des belles filles assez cupides et une volonté assez peu honnête de contourner la loi des successions. Ensuite les conflits autour de la gestion de Charles Debbasch et de plusieurs professeurs de l’université de droit de la fondation Vasarely. Avec les procès et condamnations pour avoir détourné des œuvres de la fondation. Puis les aventures togolaises du professeur Debbasch… Enfin le conflit avec la belle fille, Michèle Taburno, (épouse de Yvaral fils de Vasarely), devenue directrice de la fondation puis exilée aux États Unis puis Porto Rico avec quelques containers remplis d’œuvres du maitre…. Puis pour finir , même si une partie de la trame du récit, les combats de Pierre Vasarely pour récupérer la direction de la fondation.

Les histoires se démêlent en 541 pages. On se rend alors compte que la cupidité de nombre de ces protagonistes est sans limite. L’image de la nature humaine n’en sort pas grandie.

On pourrait se croire dans un film de Chabrol. On se rend alors vite compte que Aix est une ville de Province aux relents assez douteux. On est stupéfait de voir comment à tous les niveaux le pillage de l’œuvre de Vasarely a été orchestré sans que l’État ou la justice ne stoppent réellement cela. C’est assez consternant et déstabilisant.

Même si toutes les œuvres n’ont pas été récupérées, la fondation semble remise depuis quelques années sur ses pieds grâce à l’abnégation du petit fils du maître, Pierre Vasarely. Espérons que cela permettra de re-parler de Vasarely dans les rubriques histoire de l’art plutôt que dans les chroniques judiciaires. Car le tragique de tout cela c’est que cette cupidité généralisée a occulté les apports extrêmement modernes de l’Op’ Art ou art optique au design et à l’art contemporain.

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1 Commentaire

  1. Présentation très intéressante!
    J’adore cette Fondation et l’atmosphère qui s’en dégage! Magnifique d’avoir réussi à la remettre en route!
    Je lirai le livre, merci!
    Colette Gailliègue Albiolo

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