A la mairie d’Aix-en-Provence, Sophie Joissains perpétue la dynastie

L’ex-sénatrice UDI a succédé à la maire Maryse Joissains, sa mère, menacée d’inéligibilité et affaiblie par des problèmes de santé. L’opposition dénonce une « transmission héréditaire préparée ».

Par Gilles Rof(Marseille, correspondant) Publié le 21 septembre 2021 à 02h57 – Mis à jour le 24 septembre 2021 à 11h24

Sophie Joissains, alors déléguée à la culture pour la région PACA, à Avignon, en mars 2016.
Sophie Joissains, alors déléguée à la culture pour la région PACA, à Avignon, en mars 2016. BERTRAND LANGLOIS / AFP

A Aix-en-Provence, ne cherchez pas les signes d’une révolution politique. Indéboulonnable comme la statue du roi René qui trône en haut du cours Mirabeau, la famille Joissains pilote toujours la mairie de la deuxième ville des Bouches-du-Rhône.

Pourtant, Maryse Joissains-Masini (Les Républicains, LR), 79 ans, a officiellement démissionné de sa fonction, mercredi 15 septembre, écourtant un règne déjà long de vingt ans, ponctué par quatre victoires aux élections municipales. Mais vendredi 24 septembre, sa fille, Sophie Joissains (Union des démocrates et indépendants, UDI), deuxième adjointe depuis juin 2020, lui succède, soutenue par 38 des 40 conseillers municipaux (sur 55) élus, comme elle, sur la liste de sa mère.

L’ex-sénatrice a présenté sa candidature au groupe majoritaire sans soulever ni remarque ni ambition contraire. « Il y a eu une solidarité très forte », assure-t-elle. A 51 ans, elle est la troisième Joissains à prendre les commandes de cette ville bourgeoise de 143 000 habitants. Alain, son père, toujours omniprésent dans la coulisse, a été maire de 1978 à 1983. Avant d’être condamné, en 1986, à deux ans de prison avec sursis pour abus de biens sociaux.
« On assiste presque à une succession de droit privé, un héritage », s’agace l’ex-doyen de la faculté de droit Marc Pena, leader du collectif d’opposition de gauche Aix en Partage – six conseillers municipaux.

« Les gens vont croire que cette ville appartient à une dynastie, alors qu’il n’y a pas de fatalité », critique, dans sa permanence parlementaire du quartier des Platanes, la députée (La République en marche) Anne-Laurence Petel, 32 % des voix en triangulaire au second tour en 2020 et neuf élus au conseil municipal.

Eviter l’humiliation d’un départ forcé ?

A Aix, si le timing a surpris des opposants qui s’attendaient plutôt à un passage de témoin à mi-mandat, l’arrivée au pouvoir de Sophie Joissains semblait écrite.

« C’est une succession totalement planifiée, réfléchie, organisée. Depuis qu’elle l’a fait revenir de Paris pour intégrer son cabinet en 2001, Maryse pense à sa fille pour la remplacer », assure Jean-Marc Perrin, conseiller départemental LR. Directeur de campagne de la maire en 2014, donné à cette époque comme un potentiel successeur, cet ex-rugbyman a, comme d’autres dauphins avant lui, subi la disgrâce et une rupture mouvementée avec le clan Joissains. « Maryse a toujours défendu sa ville corps et âme, mais elle est encore plus mère que maire », formule-t-il. Lire aussi Article réservé à nos abonnés

« Les électeurs ont été trompés en 2020. On leur a vendu du “Maryse”, pas du “Sophie” », estime la députée Petel, qui rappelle que les affiches de campagne de la sortante portaient, en grand, son prénom. « Si elle a été tête de liste aux dernières municipales, c’est qu’elle pensait que sa fille ne gagnerait pas encore seule. Les choses se sont accélérées avec ses problèmes de santé et les affaires de justice », rembobine, de son côté, Marc Pena.

Condamnée à huit mois de prison avec sursis et trois ans d’inéligibilité pour « prise illégale d’intérêts » et « détournement de fonds public », accusée notamment d’avoir favorisé la promotion de son chauffeur personnel, Maryse Joissains vivra le dernier round de son périple judiciaire le 29 septembre devant la Cour de cassation.

En lâchant la mairie avant cet ultime recours, souhaite-t-elle éviter l’humiliation d’un départ forcé ? Sophie Joissains accueille l’hypothèse les dents serrées. « La maire a toujours été une combattante. Quand elle ira mieux, j’espère qu’elle pourra pleinement occuper son rôle de deuxième adjointe », cingle-t-elle.

Procès en illégitimité

Lors de ses dernières sorties, la « combattante » Maryse est apparue très affaiblie par les attaques cérébrales dont elle a été victime. Dans la lettre annonçant sa démission, dévoilée le 1er septembre, elle attribue ses soucis de santé et la « quasi-cécité » qui en résulte à « l’acharnement » judiciaire dont elle se dit victime.

Fin août, elle a réuni ses proches collaborateurs pour annoncer sa décision de passer la main, tout en restant conseillère municipale et présidente du conseil de territoire du pays d’Aix. « La maire m’a demandé de me présenter. Elle n’a pas donné d’arguments, c’était évident », raconte Sophie Joissains.

Malgré son parcours politique – sénatrice de 2008 à 2020, vice-présidente de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur et d’Aix-Marseille Métropole –, la fille de Maryse et Alain Joissains essuie les critiques en illégitimité, en inexpérience, voire en désintérêt pour la fonction. A La Rotonde, le café où se pressent les élus, on rappelle qu’elle n’a jamais gagné une seule élection sur son nom. « Serait-elle là s’il n’y avait pas papa et maman ? », pointe Cyril Di Méo.
« J’ai été conseillère au cabinet du maire dès 2001, neuf ans adjointe, j’ai fait deux mandats nationaux. Je crois avoir ma légitimité », se défend l’intéressée.

Discrète – « effacée », disent ses détracteurs –, parlant d’une voix douce, arrondissant ses mots quand sa mère boxe verbalement ses adversaires, Sophie Joissains est l’exact opposé de la truculence sudiste de Maryse Joissains. Politiquement, cette centriste promet toutefois de « s’inscrire dans la continuité » du programme des municipales 2020. Et affiche la même défiance envers la métropole Aix-Marseille, dont la réforme a été demandée par Emmanuel Macron.

Gilles Rof(Marseille, correspondant)

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