La Provence : « J’incarne l’innovation et le renouvellement »

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CYRIL DI MEO plaide pour un changement radical sur la forme et sur le fond

Par Julien DANIELIDES et Alexandra DUCAMP

Dans la dernière ligne droite de l’élection primaire des 13 et 20 octobre pour désigner la tête de liste socialiste à la municipale, les candidats ont évoqué individuellement face à la rédaction de La Provence, leur vision de cette campagne inédite, leurs projets et leurs ambitions.

Pour quelles raisons vous engagez-vous dans cette primaire ? « Je m’engage dans cette primaire pour être maire et changer la politique de cette ville. Je dénonce des problèmes fondamentaux depuis longtemps, notamment quand j’étais conseiller municipal de 2001 à 2008 et j’ai un certain nombre de propositions à faire. Je suis un des plus crédibles pour proposer aux Aixois un projet politique pour dynamiser la ville et incarner le renouvellement d’une classe politique .

Est-ce que c’est le meilleur processus pour désigner une tête de liste ? Je préconise ce processus depuis 2006. Je ne veux pas rentrer dans le Clochemerle, je laisse ça aux appareils. Et la primaire est un moyen d’ouvrir les fonctionnements d’appareil. Si les Aixois s’en saisissent, ce sera une opportunité fabuleuse.

La campagne reste néanmoins très feutrée… Il pourrait y avoir plus de dynamique mais on a quand même fait une grosse campagne. Un tel labourage n’avait encore jamais été fait à cinq mois des élections. Ça, c’est positif. Quant au débat de fond, il existe. Si vous posez des questions, les clivages existent. Il n’y a que ceux qui comptent sur leurs réseaux de notabilité pour ne pas vouloir les exposer. J’ai décidé de publier mon patrimoine, je ne sais pas si les autres sont prêts à le faire, je me suis engagé à prendre des gens des quartiers sur la liste. Je ne sais pas si les autres sont prêts à reprendre mes propositions.

Pourquoi seriez-vous le meilleur candidat ? Mon positionnement est très clair: 100% anti-Joissains et contre le clientélisme local. Et je n’ai jamais hésité à le dénoncer même dans mon propre camp. Quand il s’est agi de dénoncer la promotion du chauffeur de Maryse Joissains ou l’embauche de Claude Filippi (le maire de Ventabren, nommé conseiller au cabinet du maire d’Aix, et condamné pour violences, ndlr), je l’ai fait. Je n’ai pas beaucoup entendu les autres, mais je ne vais pas distribuer les bons points. Mon histoire, c’est que depuis 2001, j’ai attaqué Maryse Joissains sans concession. Mon autre spécificité, c’est que je connais les dossiers, je les ai travaillés et que j’ai des propositions concrètes et réalistes. Je ne rase pas gratis. J’ai fait annuler le Plan de déplacement urbain, je connais les dossiers des transports et de l’urbanisme. Aix est dans une économie de rente et le personnel politique, aussi. Moi, j’incarne le renouvellement, je suis dans l’innovation et je veux la mettre au service de la ville. Et cela n’a rien de transcendant : ça se fait à Bordeaux, à Lyon, à Grenoble…

Élu maire d’Aix en 2014, quel est le premier dossier dont vous vous saisissez ? Ce sera évidemment les logements et le transport mais il faut d’abord remettre en marche l’appareil municipal. On n’imagine pas le degré de souffrances et de défiance des fonctionnaires. L’outil est dysfonctionnant : la CPA n’investit pas, et la mairie d’Aix est paralysée sur des tas de dossiers. Il y a donc une remise en état opérationnel nécessaire pour pouvoir mener des politiques. Le logement, cela ne peut se faire que sans un nouveau PLU, avec 1500 logements par an. Et moi, j’ai l’honnêteté de dire où. Il faut densifier la première couronne entre le centre ancien et l’autoroute: cela permet d’avoir un tiers de réponses au besoin. Mais c’est insuffisant. Je pense qu’il y a un véritable projet urbain à mener autour de la Duranne, qui est aujourd’hui une non-ville mais qui a un avantage, c’est d’être proche d’un axe de transport, la voie ferrée. Il faut faire un enjeu métropolitain de ce nœud-là avec Marseille et Vitrolles, lancer un projet international d’urbanisme. Il y a un troisième site, autour de la Calade, où la ville a entre 40 et 50 ha d’emprise foncière et où passe la ligne Manosque-Aix.

Quid de l’idée de recouvrir l’autoroute pour en faire des logements ? On peut faire une liaison entre les quartiers sans faire cela. Sur le papier, c’est intéressant mais en terme économique, c’est exorbitant. En revanche, couvrir pour protéger des nuisances de l’autoroute, c’est faisable. Le problème, c’est qu’aujourd’hui, les aménageurs de cette ville ne font pas leur job. La Semepa, l’Aupa ou l’office HLM sont des outils pour résoudre la crise du logement mais qui ne fonctionnent pas. La Semepa se comporte comme un opérateur privé qui dépèce cette ville : elle achète des logements, les réhabilite et les remet sur le marché au prix fort. Elle n’a pas une politique sociale. Il faut redéfinir clairement ses missions. L’agence d’urbanisme ne fonctionne pas non plus : les fonctionnaires y travaillent très bien, mais les études sont dans les placards. Il faut y adjoindre comme dans toutes les grandes villes, un atelier public d’urbanisme. Le potentiel d’intelligence existe mais il n’est pas mis au service des citoyens. Et le dernier outil, c’est Pays d’Aix Habitat, qu’il faut mettre sous tutelle : le préfet doit y faire le ménage. Quand le tribunal va qualifier le montant des charges indûment payées par les locataires, cela va être de l’ordre de 4 ou 5 millions d’euros ! Un moment, il faut dire stop pour repartir sur un fonctionnement sain.

Si vous êtes élu en mars 2014, à quoi ressemblera Aix en 2020 ? Une ville plus ouverte, plus tournée sur ses forces vives. Dans cette ville, il y a beaucoup de gens porteurs d’innovation. Ce sont les chefs d’entreprise qui ont bousculé les politiques sur la question de la métropole et en face, on leur fait le coup d’Aix d’antan. Je ne veux pas faire des choses faramineuses: des villes qui ont fait confiance à leur population pour participer à la construction de la ville n’ont rien à voir avec Aix. Avec ce que Gérard Collomb a fait à Lyon, il faudrait lui faire un mausolée. La fonction d’un politique, c’est de faciliter la vie des usages. Les gens ne veulent pas forcément un Ricciotti bis mais pouvoir se retrouver dans des salles pour pratiquer des activités sportives ou culturelles. En ville, il n’y a que des magasins de fringues et des snacks. Donc en 2020, on aura cassé la rente foncière en faisant des logements au bord des axes de transports pour respecter les conditions environnementales. Ce sera une ville socialement mixée alors qu’aujourd’hui, elle est ségrégative. On aura fait sauter les verrous pour innover. Etrendu la ville aux Aixois ».

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TRANSPORTS : « Un moyen au service du logement »

« Sur les transports, je pense que la priorité, c’est l’urbanisation. Les transports, c’est un moyen au service du logement. Il y a d’abord la nécessité d’un équipement métropolitain de transports. On n’arrive pas à faire une gare pour arrêter le train aux facultés? Ce n’est pas possible ! On n’est pas capable de faire un vrai doublement de la voie ferrée, et on ne fait que trois gares à Marseille? Ce n’est pas possible. Donc, je me réjouis que la métropole prenne en charge la question des transports et s’occupe d’une vraie liaison entre Aix et Marseille. Il faut aussi réfléchir à la requalification de l’axe entre Venelles à la Calade et Aix. Ça, c’est pour le dur. Après, il y a des choses qui se font ailleurs : des couloirs de bus en site propre, par exemple… La politique du vélo à Aix ? Il n’y en a pas. La politique de la zone 30 ? Il n’y en a pas. Pour le vélo, on va me dire qu’Aix n’est pas plat. Mais prenez Lyon, la Croix Rousse, ce n’est pas vraiment plat. Et pourtant ça marche. L’idée d’un transport gratuit ? Ce n’est pas le problème principal. Pour que les gens prennent les transports en commun, il faut d’abord qu’il y en ait des performants… Mettons à la disposition des gens un système qui leur permette de comparer avec la voiture ».

LA MÉTROPOLE : « Une force de persuasion »

« Le pouvoir du maire d’Aix dans cette métropole va être faible. Maryse Joissains nous a tiré une balle dans le pied dans ce dossier. Il y aura 13 ou 14 conseillers de la majorité dans les 230 conseillers métropolitains. Le pouvoir en terme de poids ? Maryse Joissains n’a pas fait le job pour qu’il y ait un pouvoir réel d’Aix. Elle a bloqué, bloqué, et comme d’habitude, elle s’est pris la vague sur la tête… Gaudin a fait le dos rond et a tiré les pépites pour Marseille. Aix va être très entamée, la métropole va nous coûter cher. Je fais travailler des gens compétents là-dessus, je pense que 10 à 15 % du budget de l’agglomération vont sauter au nom de la métropole. Sur un budget de 450 millions d’euros, je pense que la métropole va nous priver de 0 à 40 millions de budget. Il y aura davantage de prélèvements sur les ménages du pays d’Aix. Tout ça, c’est ce qu’Aix va perdre. Mais où peut-elle gagner quelque chose ? S’il y a une force de persuasion d’un maire qui n’est pas dans le repli frileux mais qui travaille dans l’intérêt général. Un maire qui attire l’attention de la métropole sur tel ou tel dossier, la RD9, la gare TGV, la Duranne : un maire qui dirait : ’Vous ne pensez pas qu’on pourrait en faire un enjeu métropolitain, de ça ?’ C’est de persuader Marseille qu’il y trouve un intérêt, comme nous en avons un ».

CV EXPRESS 

Il agace, il agace. Il agaçait déjà dans l’opposition à Maryse Joissains entre 2001 et 2008 : benjamin du conseil municipal alors écologiste, il avait sans cesse quelque chose à redire. Et cela n’a pas changé. À 38 ans, le fougueux Cyril di Méo mêle une solide formation Sciences Po à une culture militante de longue date, mâtinée d’une impertinence adolescente. Professeur d’économie au lycée militaire, il maîtrise les méandres des appareils – 15 ans chez les Verts avant de passer au PS – sait en jouer tout en faisant une marque de fabrique de son âge (38 ans, donc dans la moyenne basse en politique) et d’une envie de faire le ménage dans les vieilles pratiques. Ces initiatives décalées pour faire campagne – le permis de conduire la ville, les tags propres – font sourire les vieux briscards. Les mêmes qui ne lui renient pas des compétences notamment dans les dossiers d’urbanisme ou de transports, qu’il aborde d’un œil, fatalement plus neuf. La primaire ? Un processus qu’il défend de longue date. Le rassemblement le plus large ? Idem. Même si l’aventure sur la liste de Peretti (Modem-UMP-Verts) en 2009 lui a fait perdre son siège au conseil municipal.

 

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