Nos territoires face à la mondialisation

Nos territoires face à la Mondialisation
La mondialisation est un phénomène qui transforme l’outil productif français et notre société, au niveau national et régional. Depuis 30 ans, l’irruption de l’international dans nos vies bouscule tout. Mode de vie, de communication, de déplacements, de consommation et outil productif. Mais la mondialisation reste un phénomène mal maîtrisé collectivement. Comme toute transformation, il génère des tensions, d’autant plus fortes que tout se produit très vite. Et ce particulièrement dans notre région.
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Dans cette mondialisation et la  division internationale du travail, la France a privilégié une société de services en lieu et place d’une société industrielle. La mondialisation redistribue les cartes et les places de gagnants et de perdants. Nous vivons cela sur nos territoires. PACA connaît quelques gagnants, qui savent profiter de la mondialisation, et y tenir des positions fortes : CMA CGM, Airbus Helicopter, STMicro, GPMM, Marseille 2013  et 2017, etc. Mais la mondialisation c’est aussi de nombreux  perdants : en 40 ans la France a perdu plus de 60 % de son industrie et des emplois qu’elle fournissait. Prenons l’exemple de la construction automobile. Il y a une trentaine d’années nous produisions presque autant de voitures que l’Allemagne soit environ 4,5 millions d’unités par an. Maintenant alors que l’Allemagne produit environ 5,5 millions d’automobiles sur son territoire nous n’en fabriquons à peine que 2. En France les constructeurs n’emploient que 200 000 personnes environ. Pourtant localement l’innovation est là: voiture électrique, voiture à air comprimé, y compris avec usine de fabrication clefs en main inventée par un ingénieur français. Nous avons sur notre territoire le plus grand salon automobile du monde. Il aura fallu plus de vingt ans pour que le système de voiture thermique hybride à air comprimé soit en voie d’industrialisation. Ainsi l’Etat doit tout faire pour encourager la production nationale: par la fiscalité, les réglementations du travail sans léser les salariés, les aides à la destruction d’épaves, encourager les grandes entreprises à acheter électrique, hybride et français, construire un réseau de bornes électriques. Nous ne pouvons pas manquer cette occasion quand s’ouvre devant nous l’immense chantier du remplacement des véhicules polluants. Ainsi nous créerons des emplois pérennes. Ainsi il pourrait en être de même pour les autres secteurs industriels.  Il nous faut le retour d’un Etat stratège menant une véritable politique industrielle.
Avec cette mondialisation nos territoires basculent d’une économie productive manufacturière et de transport et logistique vers une économie résidentielle et touristique. Economie du tourisme, des loisirs et de la culture dont les bénéficiaires sont les résidents temporaires et les personnes de passage : hébergement et restauration, activités récréatives, artistiques, culturelles, du spectacle, sportives et de loisir. Economie résidentielle qui regroupe les activités de services, à faible valeur ajoutée dont les principaux bénéficiaires sont les résidents du territoire et qui comprend les administrations et services publics, de la santé et l’action sociale, du commerce et des services à la personne. Fragilisant la base productive de notre département.
Les travaux de Laurent Davezies soulignent que la base exportatrice des Bouches du Rhône, celle qui permet de capter des revenus, ne représente rarement plus de 20% du total de leurs apports extérieurs de revenus, les 80% restant sont le fait des « bases publiques », des « bases médico- sociales » et de la base résidentielle La part de la base exportatrice est particulièrement faible. L’analyse en termes de zones d’emploi montre la faiblesse des bases productives, inférieure à la moyenne des zones d’emplois de province (2 194 €/h). Ce chiffre n’est supérieur que pour la zone d’emploi d’Aix-en-Provence (2 947 €). Il est de 2 022 € pour la zone d’emploi de Marseille-Aubagne.
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La mondialisation provoque aussi un effet de concentration des richesses. Toutes les statistiques sur les revenus et les patrimoines le prouvent. Cette dualisation de l’économie n’est pas sans alimenter des réflexes politiques extrêmes. Le FN ne surfe plus seulement sur le racisme. Mme Le Pen, a englobé ce racisme dans une anti-mondialisation beaucoup plus large.  Ce faisant, avec populisme, elle décrypte les attentes et les frustrations d’une large partie de la société et elle en est la porte-parole. Elle montre à quel point nous n’arrivons pas à partager les bénéfices de la mondialisation, à faire de la mondialisation quelque chose qui profite au plus grand nombre.
La question est simple : « comment fait-on concrètement pour que la mondialisation soit facteur de progrès social pour tous les habitants des Bouches du Rhône ? » En réponse, le gouvernement a proposé de construire une métropole Aix-Marseille, de faire 15 régions au lieu de 21 et de supprimer les départements. Jugeant que pour qu’un territoire résiste au niveau mondial, ce sont là les échelles de décision stratégique vers lesquelles il fallait aller.
Au nom de nos valeurs de progrès social nous nous devons de créer un développement économique inscrit dans cette concurrence mondiale pour que tous bénéficient de cette croissance. 
Un développement économique dans la métropole
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Comment retrouver le chemin d’une économie locale dynamique ne se limitant pas à une économie touristique et résidentielle ? Comment renforcer l’économie de la connaissance, l’économie productive manufacturière, l’économie des transports et la logistique qui regroupe les activités de transit de biens ?  Principalement par l’innovation.  L’industrie se mesure aujourd’hui par sa capacité à innover (créativité, nouveaux produits, prise en compte des trois principes fondamentaux du développement durable : le social, l’économique et l’environnemental). L’industrie est aujourd’hui liée aux secteurs des services (services supérieurs : Recherche/Développement, finances et autres). Ce lien se voit sur le terrain par le recul des effectifs ouvriers et l’augmentation croissante des « cols blancs » (cadres, ingénieurs) depuis les années 1970. La modernité dans les outils de productions (robotique, informatique, ingénierie, créativité….). Dans ce sens, le coût élevé de la main-d’oeuvre ne constitue plus un argument pour légitimer la désindustrialisation. L’accent pour garder des emplois est à mettre sur l’innovation, en prenant en compte tous ses aspects : économique, social, environnemental et technologique. Cela signifie aussi que vouloir « réindustrialiser » nos territoires ne  veut pas dire revenir aux industries polluantes du XIXe siècle. L’innovation est devenue un gage de réussite : celle-ci est, répétons-le, à la fois économique, social, environnemental et technologique. Elle garantit une production à plus forte valeur ajoutée et la possession d’un savoir-faire indispensable dans le cadre de la globalisation des échanges de marchandises. Pour se faire, l’innovation s’inscrit dans la dynamique métropolitaine afin d’asseoir le développement territorial. Bien qu’en chantier pour favoriser le développer territorial, les industriels de la métropole marseillaise ont un rôle à jouer dans l’essor de projet innovant garantissant emplois et valeur ajoutée. Au sein de la Métropole marseillaise, les acteurs de l’innovation sont impliqués dans 7 pôles de compétitivité, qui s’appuient sur des concentrations de recherche-développement identifiées au niveau international : Cadarache pour l’énergie, Luminy pour les sciences de la vie, Marignane- Vitrolles pour l’aéronautique, Château-Gombert pour les sciences de l’ingénieur, Rousset pour la microélectronique, l’Arbois pour l’économie verte. Innovation et industrie doivent donc s’imbriquer afin de favoriser la pérennité et la création de nouveaux emplois. La compétitivité industrielle repose sur la capacité du secteur à innover, à gagner en valeur ajoutée. Comme noté dans les rapports de la Mission interministérielle pour promouvoir l’innovation à Marseille, il est nécessaire de développer les synergies entre les industriels, les autres secteurs économiques et les institutions publiques (collectivités locales/université). Ces synergies industrielles passent par l’organisation de séminaires, de rencontres, de conférences pour échanger sur les difficultés et les attentes des secteurs concernés. L’organisation de rencontres entre les acteurs publics et privés est de moyen de diffuser des informations sur les secteurs industriels : état des lieux, difficultés, attentes, échanges scientifiques interprofessionnelles. L’agglomération marseillaise possède des centres de congrès susceptibles d’accueillir des événements qui peuvent avoir un rayonnement national et international. Les thématiques à aborder doivent naturellement être au préalable choisi après concertation. De plus, de par sa situation géographique et son appartenance au monde méditerranéen, l’organisation d’événements est un moyen de participer au rayonnement culturel de la ville. La Métropole assoit ainsi son statut de métropole euro-méditerranéenne et industrielle tournée vers l’innovation. Enfin, il faut prendre en compte les bénéfices pour les secteurs touristiques liés à ce genre d’organisation.
Soutenir les innovations technologiques dans la métropole
 
Le développement des interactions entre Recherche/Industrie est le levier incontournable pour maintenir, créer de nouvelles activités : industrielles ou annexes grâce notamment aux effets induits d’entreprises industrielles motrices. Pour obtenir de nouveaux produits innovants, de nouvelles technologies et autres il faut un processus de créativité. Celui-ci doit se structurer au sein de laboratoire de recherche. Le département des Bouches du Rhône compte, 7 pôles de compétitivité et des centres universitaires répartis entre Marseille et Aix-en-Provence. Le développement de l’innovation dans l’industrie est primordial. Comme le note le rapport de mission interministérielle pour promouvoir la métropole marseillaise «le poids des fonctions d’innovation (recherche, recherche-développement, entreprises de haute technologie, activités créatrices) dans l’emploi métropolitain, tout comme les dépenses en R/D, sont relativement faibles ». La métropole est un creuset idéal. Les atouts sont considérables. Il faut les identifier et les exploiter. La Stratégie Régionale d’Innovation (SRI) définit des Domaines d’Action Stratégiques (DAS). L’innovation est une composante essentielle. Hors le lien entre industrie et innovation est peu développé. Cependant, la base de données sur les entreprises innovantes, alimentée par l’observatoire régional de l’Innovation, est un véritable atout qui permet le suivi des entreprises innovantes. A condition d’aider et de mettre les PME dans cette dynamique.
Promouvoir l’innovation environnementale dans la métropole
L’aspect environnemental dans les politiques de développement industriel est prise en compte grâce notamment à l’implémentation en cours du concept « d’écologie industrielle » pour favoriser le développement durable. Les rives de l’Etang de Berre concentrent un nombre important d’industries polluantes (usines pétrochimiques). Défini par Robert Frosch comme « l’ensemble des pratiques destinées à réduire la pollution industrielle », le concept d’écologie industrielle offre de nouvelles perspectives pour l’aménagement durable des territoires et pour les stratégies de développement durable des firmes et des PME. Le concept prône une approche systémique des activités et la mise au point de méthodes de production industrielles pour limiter les impacts de la production industrielle sur l’environnement en s’inspirant du fonctionnement d’un écosystème biologique. Les déchets solides ou liquides d’une entreprise deviennent les matières premières ou sources d’énergie pour d’autres entreprises. La ville de Kalundborg, au Danemark, située au bord de la mer du Nord illustre une belle réussite d’écologie industrielle. A Marseille, le projet de métropole industrielle des énergies renouvelables est une étape vers la mise en oeuvre concrète du concept d’écologie industrielle. En effet, l’éolien offshore, les réseaux de chaleur et de froid de la thalassothérapie et de la géothermie, le solaire de grandes toitures et les technologies hybrides participent à la transition énergétique mais sont des secteurs créateurs d’emplois. Les efforts et le soutien du Conseil Régional dans sa stratégie régionale d’innovation soutient fortement le développement durable des entreprises industrielles.
Le soutien local à ces dynamiques d’innovation et d’internationalisation doit se faire avec le tissu des PME pour éviter une trop forte segmentation de l’économie. C’est  au contraire une véritable chaîne de valeur régionalisée qu’il faut créer. Cette politique offensive au niveau métropolitain doit s’accompagner d’une véritable politique d’adaptation des formations et du capital humain à ces projets pour éviter une dualisation trop forte du marché du travail local et pour pallier à la faible qualification d’une partie de la population active locale.  
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C’est sur ce dossier essentiel que nous jugerons l’efficacité de la métropole. Et avec un projet de territoire clair et partagé. Projet que n’assument pas aujourd’hui les acteurs politiques et économiques locaux. Il nous semble donc capital que sans se disperser sur trop d’autres compétences, la future métropole concentrer la majeure partie de ses ressources, de ses énergies sur ce dossier

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